De la psychologie du cheval (suite)

La coercition ne vient jamais à bout des stéréotypies névrotiques. Certaines pulsions qui animent le cheval, sont faciles à décoder au travers des différents hennissements et mimiques.

Parmi celles-ci, les plus faciles à interpréter sont les mouvements des oreilles du cheval. Ces dernières fonctionnent comme des sémaphores permettant de percevoir dès l’abord l’état affectif du cheval. Leurs mouvements sont significatifs des variations de la tension nerveuse.

Ainsi le cheval attentif sans mauvaises intentions, dressera les oreilles vers la source du bruit. Si il est de mauvaise humeur, il couchera les oreilles vers l’arrière, tendra l’encolure vers l’avant et tournera légèrement la tête en retroussant les lèvres découvrant ses dents en direction de ce qui motive son agressivité.

De même, les expressions du corps sont également des signes l’état de tension nerveuse. Si le cheval veut décrocher un coup de pied d’un seul postérieur, il soulagera toujours le membre pour pouvoir le lever et frapper. Celui qui veut ruer, commencera par déplacer le poids de son corps d’arrière en avant en accompagnant parfois se mouvements d’un hennissement aigu. Le cheval qui veut intimider un congénère ou un intrus dans son univers, commencera toujours par montrer la croupe et contractant les muscles fessiers, cela sera toujours accompagné de mouvements incessants visant à toujours maintenir la croupe face à l’objet de son intimidation. Les prémisses à ces manifestations corporelles, sont presque toujours précédées par un mouvement des oreilles vers l’arrière.

  1. Le cheval qui se rassure ou se détend, redresse l’encolure et les oreilles.
  2. Le cheval qui a des coliques peut manifester les douleurs internes par des signes que l’on peut qualifier d’universel. Le cheval tournera sa tête en direction du flanc douloureux, il gratte le sol et se frappe par intermittence, avec le postérieur du côté douleur. Le cheval agit de la sorte car il cherche à s’infliger une douleur plus grande que les douleurs internes ressenties. C’est ce qui pousse certains chevaux à projeter sur les murs.

Les sons, les hennissements peuvent aussi nous parler. Un hennissement grave, doux et de faible intensité est souvent un signal vocal de satisfaction, de réconfort ou de bienvenue. Pour la jument, ce hennissement sert à calmer les poulains, pour l’entier, par contre, il fait partie des méthodes de séduction de la jument en chaleur.

  1. Le hennissement d’inquiétude émis lorsque deux chevaux se rencontrent, ou lorsqu’il y a une tension entre deux chevaux, est quant à lui, beaucoup plus long et répété.
  2. Un hennissement bref, ressemblant à un couinement, exprime, chez le cheval en liberté, le phénomène de la gaieté, ce dernier s’accompagne souvent du rassemblé qui peut annoncer certains mouvements (bonds, ruades, croupades, etc.). En revanche, chez la jument, ce même hennissement témoigne le plus souvent d’un comportement agressif. Il est par ailleurs, pratiquement toujours, suivit de comportements menaçants.
  3. Quand il souffre, le cheval est en état dépressif. Cela se manifeste par un port bas de la tête, un œil terne et une tension importante de tout le corps. Il peut même arriver, si la souffrance est vraiment importante, de percevoir de légers geignements, qui sont le plus souvent de simples modifications du rythme respiratoire.

Ces exemples sont loin d’être exhaustifs, ils ne sont que les plus évidentes et simplistes expression du langage équin. Ce dernier est cependant emprunt d’une grande Sinesse et d’une relative complexité. Pour le percevoir correctement les attitudes adoptées par le cheval, il est nécessaire de l’observer de longues heures et d’être attentif au moindre de ses signes et aux circonstances de leurs répétition.

Le langage fait partie des comportements normaux et souhaités du cheval. Il existe cependant, un certain nombre de manifestations comportementales qui ne sont ni souhaitées, ni souhaitables. L’état d’enfermement et/ou le manque d’attention du propriétaire génèrent des névroses se traduisant par différents comportements associés à des mouvements répétitifs.

Les stéréotypes caractérisent les états névrotiques des chevaux émotifs qui ne peuvent trouver d’exutoire à leur tension anxieuse que par des mouvements répétés. Faciles à guérir à la faveur d’un changement de condition de vie, ils ne constituent pas de vices rédhibitoires et ne sauraient motiver une sanction légale en cas de transaction ; à tort on les dénomme « tics ». Mais, personnellement, nous pensons qu’il serait plus judicieux de les appelés manies. En effet, la manie peut être corrigée ou adoucie. La guérison, qui peut être aidée par des traitements vétérinaires appropriés, procède d’une véritable psychothérapie faisant intervenir le processus psychologique du réconfort. La coercition ne vient jamais à bout des stéréotypes névrotiques du cheval.

  1. La première stéréotypie commune est appelée le tic de l’ours. Le cheval se dandine perpétuellement en reportant sans cesse ses appuis d’un côté sur l’autre. Il suffit le plus souvent de le changer d’écurie, de le mettre dans un box comportant une fenêtre lui permettant de voir ses congénères, et de satisfaire ainsi son instinct grégaire, ou si la chose est possible mettre le cheval en pâture très régulièrement, afin de lui redonner un meilleur moral.
  2. Le cheval qui tourne sans cesse dans son box témoigne d’une stéréotypie désastreuse sur le plan sportif car elle épuise son énergie physique et le rend incapable de performances. Pour éliminer cette névrose, il faut jouer sur le réconfort lié à l’instinct grégaire. A défaut d’un box permettant au cheval de voir ses congénères, il est possible de calmer celui-ci en laissant avec lui un petit animal (lapin, chèvre, chien). Cette pratique a souvent l’inconvénient de rendre le cheval affectivement dépendant de son compagnon.
  3. Le cheval qui encense c’est à dire qui passe son temps à fléchir, puis à relever vivement l’encolure de manière incessante, peut s’épuiser. Dans ce cas, il ne faut surtout pas l’entraver, comme on le voit trop souvent, mais l’occuper affectivement en lui donnant un compagnon ou le conSier à un soigneur qui lui témoignera de très nombreuses marques de tendresses (caresses, paroles d’encouragement, pansage régulier et prolongé, etc.).
  4. Le tic à l’air ou tic à l’appui, bien que classer parmi les vices rédhibitoires, se caractérise par la déglutition répétée d’une quantité d’air, plusieurs fois par minute. Le cheval peut l’exécuter à l’appui, la mâchoire repose sur un objet quelconque (mangeoire, porte, etc.) ou en l’air tête au vent, sans appui. Après la mise en tension des muscles de l’encolure, il y a déglutition de l’air, accompagnée d’un bruit caractéristique. La déglutition répétée entraîne des difficultés digestives, rendant le cheval difficile à entretenir, pouvant même lui provoquer des coliques par distension gastrique. On peut empêcher le tic en plaçant, en dehors des repas, autour du cou du cheval un collier qui comprime les muscles de l’encolure et de l’œsophage. Une intervention chirurgicale consistant à sectionner certains muscles de l’encolure à un effet thérapeutique qui semblerait plus sûr. Un moyen plus naturel et moins coercitif ; que ceux cités précédemment, consiste à supprimer les divers points d’appui dans le box, d’effectuer des promenades ou leçons répétées ou encore des détentes en paddock ou en pâture. De même il sera utile de permettre au cheval de voir ses congénères. En agissant de la sorte l’on n’est pas certain de corriger le tic à l’air ou à l’appui, mais il est possible d’en atténuer fortement les symptômes et ainsi redonner confiance et moral au cheval.
By | 2017-05-28T20:20:49+00:00 mai 24th, 2017|Psychologie du cheval|0 Comments

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